Millenium-de-Fincher-affiche

Résumé

Mikael Blomkvist, brillant journaliste d’investigation, vient de se faire condamner en diffamation par un financier véreux, en lien avec la Mafia Russe. Il décide quitter Stockholm afin de prendre du recule et finit par accepter d’enquêter sur la disparition, il y a plus de cinquante ans de la nièce d’un vieux et riche industriel suédois, Henrik Vanger qui veut comprendre ce qui a pu se passer dans cette île qu’il n’a pas voulu quitter, attendant encore et encore, le retour d’Harriet.

Une sombre histoire de famille – secrets inavoués, haines tenaces, meurtres oubliés – apparaît peu à peu au journaliste, épaulé par une jeune rebelle intrigante et douée, Lisbeth Salander.

Critique

David Fincher est un artiste complet. Chacun de ses films est emprunt d’une rigueur et d’une identité propre qui attirent l’œil et forcent le respect. Millenium est ici l’écho macabre de l’intérêt lancinant d’un réalisateur désenchanté et sans illusion pour ses contemporains, un enfant – ayant grandit à San Francisco – marqué à vie par l’Affaire Zodiac, dont il tira un film éponyme éblouissant.

Fincher s’est emparé de la trilogie de Stieg Larsson qui avait pourtant fait l’objet en 2009 d’une première adaptation par les réalisateurs suédois Niels Arden Oplev et Daniel Alfredson. S’il ne devait ne rester que le premier opus signé par Fincher, Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes constituerait, en tant que telle, le troisième volet d’une trilogie criminelle, forte et lancinante, initiée avec Seven.

John Doe incarné par Kevin Spacey et l’icône du Tueur du Zodiac reviennent ici en prenant les traits rassurants du quidam, de l’amateur de viande (on n’ose dire laquelle) et du jouisseur impuni, comme un personnage récurrent et obsédant.

Rien n’est laissé au hasard. Un décor signifiant – comme les Campbell Tomatoe Soups de Warhol dans Seven –, une photographie captivante – entre les mains du Chef Op’ de Seven et de Fight Club – et un montage serré, des interprètes, enfin, dont la fragilité est le point d’union.

Christopher Plummer a beau être le patriarche d’une famille fortunée, il pleure Harriet à chaque anniversaire, lorsqu’il reçoit, encadrées, de mystérieuses feuilles séchés. Daniel Craig a laissé tomber l’assurance facile d’un Bond sur le retour. Il est, lunettes en bandoulière, un Blomkvist troublant et tenace, qui doute. Enfin, et c’est peut-être la révélation du film que l’on espère couronnée d’un prochain Oscar, Rooney Mara, que l’on avait aperçu dans The Social Network, incarne une Lisbeth Salander, elle-aussi porteuse d’un secret, une femme à la fois redoutable et à la merci d’un représentant libidineux de l’administration.

Décidément, il ne faut se fier à personne. C’est le sentiment dominant. Et les passages de la Bible qui émaillent cinquante ans d’impunité, n’égrènent que mort et punition. Alors, l’enchainement implacable et oppressant de l’enquête menée par Blomkvist et Lisbeth nous saisit jusqu’à son terme, avec une violence contenue.

Indéniablement, Fincher est un maître.

Charlie
MILLENIUM, de David Fincher

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