Elle est la fille de l’immense Henry Fonda et elle s’est fait un nom toute seule. Elle a eu trois maris et deux Oscars (en 1971 pour Klute et en 1978 Le Retour). Elle a soixante-quatorze ans mais elle ne les fait pas. Dans Et si on vivait tous ensemble ? de Stéphane Roblin qui vient de sortir en salle, Jane Fonda incarne, aux côtés de Géraldine Chaplin, de Claude Rich et de l’épatant Giuy Bedos, l’amoureuse à la fois sincère et fragile de Pierre Richard. Une amoureuse en phase terminale qui se bat contre l’évidence et veille sur un mari dont la mémoire décline invariablement.

Ce qui frappe le plus est la détermination et la force avec laquelle cette actrice engagée a toujours su ce qui était bon pour elle. Cukor, Preminger, Pollack, Losey mais également René Clément, Jean-Luc Godard ou Roger Vadim (qui fut son mari). A chaque apparition, Jane Fonda a pris possession des rôles que lui confiaient ces maîtres. Ainsi, dans On achève bien les chevaux (1969), de Sydney Pollack, elle incarnait jusqu’au coup de feu final, Gloria Beatty ivre de danse forcée en pleine Dépression.

A la fois Sex Symbol des lates sixties et femme engagée, Jane Fonda a su accompagner son époque comme dans Le Syndrome chinois (1979), sinistre écho au drame de Tchernobyl et de Fukushima cliquez là et faire preuve d’une humilité et d’une rare sensibilité comme dans La Maison du lac (1981) où elle donne la réplique à son père Henry, quelques mois avant qu’il ne disparaisse.

Dans son dernier film, qui est aussi le premier de Stéphane Roblin, elle est une femme qui se sait condamnée et recommande la vie en communauté, une forme de nouveau combat politique – les « Vieux » résistent mieux en groupe à l’oubli et à l’isolement – pour cette femme qui produit ses films et a lutté pour l’égalité. Jeanne a tout compris et elle choisit avec aplomb un cercueil rose tant qu’à faire – il aurait pu être rouge comme au temps de son engagement contre la guerre du Vietnam – que lui fourgue maladroitement l’excellent Gustave Kervern cliquez ici. A ses funérailles, on jouera du piano et l’on boira du champagne. La mort n’est pas une fin en soi.

Jane Fonda est incontestablement un personnage de cinéma, bien au-delà des collines d’Hollywood. Elle n’est pas résignée et semble toujours prêt à relever les défis les plus improbables. Pour la beauté du geste, en somme.

Une femme à part que l’on pourrait emmener de liane en liane pour voir gronder les chutes Victoria au soleil couchant.

Charlie