La semaine dernière, cela faisait tout de même beaucoup. Michel Duchossoy, Pierre Schoendorfer et puis Moebius. Le temps file et a emporté des hommes si différents qui ont laissé une trace indélébile sur la pellicule.

Moebius a retenu mon attention car ils étaient Deux. Lui et Gir. Giraud en somme. Et son dessin – ses dessins – ont été mes premières images de cinéma. Des images fixes, des images brutales, des images dépaysantes. De Blueberry à l’Incal.

Plus tard, Jean Giraud a multiplié les incursions dans le cinéma fantastique : les costumes d’Alien (1979), où se perd Sigourney Weaver sous la direction de Ridley Scott ; une collaboration artistique qu’il reprend notamment pour Willow (1988) et pour Le Cinquième élément (1997) ; des scénarios avec Les Maîtres du temps (1981) de René Laloux, une version de Dune écrite avec Jodorowsky qui se tourna jamais, tout comme L’Incal dont lui et Jodo réalisèrent un teaser à la musique entêtante cliquez là ou Le Ruban de Moebius (2005) qui ne sortit qu’en DVD.

D’autres se sont chargés de porter pour lui les personnages de papier qu’il avait façonné avec tant d’énergie. Blueberry en 2004 avec Vincent Cassel dans le rôle-titre, est une ode au chamanisme et à l’ésotérisme, malgré l’acharnement d’UGC.  Il souligne à quel point Moebius pouvait apparaître et faire apparaître l’humain sous des traits incertains et magiques. Percevoir l’esprit.

Il venait de co-réaliser un court métrage étonnant, La Planète Encore (2010) cliquez ici que la Fondation Cartier avait présenté lors de l’incroyable exposition consacré à son travail. Une expo dont le titre disait l’essentiel : Moebius – Transe – Forme. Ce dernier film que Canal + rediffusait hier soir dit tout de son œuvre et de sa vision du Monde. Moebius y apparaît métaphoriquement en poussah, figure allégorique et mystérieuse, comme un Bouddha de Bâmyian. Pourtant, rien n’est figé et les terres les plus arides sont porteuses de secrets en germe. Il suffit d’un regard, celui d’une femme intuitive, connectée comme l’était l’Incal, porteuse d’une énergie fécondatrice, pour que la Vie éclose avec une force et une rapidité étonnante.

En définitive, l’annonce de ce que Paulo Cohelo paraphrasait il y a quelques jours sur Twitter : « Le grand Moebius est mort aujourd’hui, le grand Moebius est encore
vivant ».

Charlie