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En 1971, Dino Risi tournait « Au Nom du Peuple Italien », une de ces comédies à l’italienne illustrant un cinéma si proche du réel et si proche des gens qu’il n’a pas vieilli. Une copie restaurée ressort ces jours-ci à Paris. Quand le cinéma se fait l’écho d’un troublante actualité.

Il y a ainsi des moments étonnants où le réel rejoint la fiction. Où la fiction avait annoncé le réel. La presse se fait l’écho du face à face tendu entre un juge d’instruction tenace et un ancien président de la République flamboyant. Serait-ce là le résumé du film de Risi qui voit s’affronter le taciturne Bonifazi – Le juge bonne face incarné par un Ugo Tognazzi pétri de doute – et l’exhubérant Lorenzo Santenocito, un odieux entrepreneur sicilien campé par l’étonnant Vittorio Gassmann ?

Un remake plutôt. Jugez-en.

Voilà  Santenocito, sûr de lui et de ses appuis politiques, qui tente d’abord d’amadouer le juge en évoquant son image populaire et lui assurant être comme tous « ceux-là », au fond « un ouvrier » puis qui lui rappelle froidement que pitié et pouvoir sont inconciliables. Pour lui, « corruption veut dire progrès ». La fin justifie toujours les moyens.

Voilà une société qui masque à peine sa fascination pour la force et l’autorité. La sentinelle qui ne salue pas Bonifazi lorsqu’il quitte la caserne où l’on a installé un Tribunal de fortune, le balayeur qui ne balaye plus ostensiblement les rues de Rome couvertes d’immondices. C’est toute la société qui part à vau-l’eau, le long du Tibre et qui brûle les voitures de touristes anglais parce que l’Italie a battu les Brits en Coupe du Monde.

Voilà un juge qui doute, justement, sur la fin et sur les moyens. Sur ce qu’il conviendra de jeter au feu afin de faire triompher équité et justice.

C’est une thématique universelle et une fois encore d’actualité.

AU NOM DU PEUPLE ITALIEN de DINO RISI

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