The great Silence1

Il a été question de Sergio Corbucci à la fin de l’année dernière grâce à l’hommage indirect que lui rendait Tarantino avec « Django Unchained ». Ce dernier avait à l’évidence adapté le film éponyme réalisé en 1966 avec Franco Nero mais il faisait également clairement référence à une œuvre à part et dérangeante du réalisateur italien, « Le Grand Silence », que Canal + a édité en DVD.

Ici, les tueurs à gage (ou Bounty Killers) – dont un s’appelle Schultz comme le flegmatique personnage incarné chez Tarantino par l’oscarisé Christopher Waltz – sont des monstres à sang froid qui, dans ce paysage glacé et immaculé, chassent ceux que l’on a mis opportunément hors-la-loi. Les chasseurs de prime travaillent au nom de la loi. « C’est notre pain quotidien » dit le plus féroce d’entre eux, Tigrero – l’illuminé Klaus Kinski – s’étonne d’une époque où « un noir vaut plus qu’un blanc».

Tarantino le prendra au mot en faisant surgir 45 plus tard un Django vengeur. Après lui, il ne restera que le silence et la mort. On y retrouvera aussi Broomilda Von Shaft, réincarnation de Pauline, jouée chez Corbucci par la belle afro-américaine Vonetta McGee dont c’est le premier rôle à l’écran et qui deviendra une incarnation de la Blaxploitation, comme Shaft. La boucle est bouclée.

Le film de Corbucci qui met en scène un « Silence » incarné par Jean-Louis Trintignant lui aussi porté par une geste vengeresse, donne à voir des cavaliers dans les Dolomites comme les cosaques de Jivago dans la banlieue de Madrid. Et l’on y croit. Car Corbucci, comme Tarantino, est un dynamiteur de convention. Avec un sens de l’humour noir qui lui fait dire : « Les Etats-Unis doivent obéir à la justice, non à la violence ».

 

Des images insolites, un film fantastique et un fantastique film.

LE GRAND SILENCE De SERGIO CORBUCCI