oshima

Nous n’avions rien vu ou revu de Nagisa Oshima depuis Tabou en 1999 (peut-être à l’exception de la sortie en coffret DVD chez Arte Vidéo de L’Empire des Sens et de l’Empire de la Passion en 2006). En sortant une série de quatre films méconnus du chef de file de la Nouvelle Vague Japonaise en 2009, « Carlotta » offre non seulement un travail soigné (accompagné de quatre excellentes préfaces de Charles Tesson) mais elle permet de découvrir à travers ces quatre opus singuliers, la matrice du cinéma japonais de ces vingt dernières années.

Entre 1965 et 1972, Oshima est particulièrement prolixe puisqu’il réalise pas moins de treize long-métrages qui lui permettent d’explorer non seulement les éléments d’une sexualité qui le trouble (l’amour ne doit-il pas être un acte gratuit ? La cruauté entre un homme et un femme peut-elle être évitée ?) mais également les travers de la société japonaise de l’après guerre : résurgence de la violence et du nationalisme, rejet de l’immigration sud-coréenne, enfermement d’une jeunesse qui étouffe dans le carcan des traditions.

Avec L’obsédé en plein jour et Eté Japonais – Double Suicide, l’un et l’autre tournés dans un noir et blanc à la lumière crue, Oshima évoque notamment, à travers deux histoires criminelles (le parcours d’un sérial killer dans l’un et le kidnapping et la séquestration d’un couple improbable dans l’autre) le shinju – ou rite du double suicide – et les passions qu’il peut déchaîner, incarnation des figures du sexe et de la mort. Les personnages se débattent en vain puisque, comme le dit l’un d’entre eux : « votre vie était écrite jusqu’au bout et vous vous êtes pendu« .

A propos des chansons paillardes au Japon et Le retour des trois soulards, sur le registre plus léger de la comédie de meurs ou de la comédie burlesque, reprennent cette étude des mentalités et des meurs au travers du parcours de lycéens ou d’étudiants.
Ce qui frappe dans ces films en Scope aux couleurs chaudes est à la fois leur modernité (A propos des chansons paillardes au Japon fonctionne sur un scénario qui a été construit en cours de tournage) mais surtout la vision de leur auteur qui a nourri et inspiré les cinéastes japonais qui lui ont succédé. Ainsi, la scène d’ouverture du Retour des trois soulards annonce clairement l’univers poétique et décalé d’un Takeshi Kitano (que ce soit dans Jugatsu ou dans Sonatine). Ou encore, cette fois-ci, dans Eté Japonais, les images d’un Tokyo désert (et déserté) rappellent à l’évidence celle d’un Kioshi Kurosawa dans Kairo.

Une façon pour Oshima de pouvoir dire, à l’unisson d’un de ses héros, « Une fois de plus, j’ai survécu« .

Nagisa Oshima