Blue Jasmine

 

Résumé

Jasmine débarque avec ses valises Vuitton dans un San Francisco provincial pour celle qui ne jure que par Park Avenue et Martha Wineyard. Elle n’a guère eu le choix et se réfugie chez sa sœur Ginger, caissière dans un supermarché, après avoir tout perdu dans le scandale d’une affaire financière frauduleuse dont son mari Hal était l’organisateur. Sur la Cote Ouest, Jasmine pourra-t-elle refaire sa vie ?

Critique

« Blue Moon » est la chanson qui a précipité Jasmine dans les bras de Hal alors qu’elle était à l’Université, rêvant de devenir anthropologue. C’est aussi cet air entêtant – l’air d’un film dont le titre Manhattan Melodrama (1934) aurait dû l’alerter – qui l’a poussée à changer de prénom et à jouer un personnage superficiel et arrangeant auprès de son mari financier, entrainée dans une vie mondaine et vaine où elle s’est mise, sans s’en apercevoir, à se forger une vérité relative qui devait s’avérer fatale.

Cate Blanchett, bien loin de l’incarnation évanescente de la Fée Galadriel dans les Aventures de Bilbo le Hobbit, est comme Cendrillon après minuit, son carrosse redevenu citrouille n’ayant laissé sur la route que ses dernières valises Vuitton. Elle est une Jasmine habitée par le désarroi d’avoir perdu l’essence même de son image brouillée et par l’obsession de paraître, si cela est encore possible, en dépit de l’acte déraisonnable qui a tout précipité. Un personnage on the hedge, prête à basculer dans la folie et dans le néant. Un personnage fragile, plein de failles qui se bourre de Xanax, sans pourtant que cela prête à rire, comme dans d’autres opus d’Allen. La performance d’actrice est ici étonnante et place la comédienne australienne, qui avance comme une funambule sur le fil de la tragédie, vers un possible Oscar.

Woody Allen lui fait ici sans doute cadeau du plus beau rôle de sa carrière.

A vrai dire, on a surtout le sentiment de retrouver le grand réalisateur New-Yorkais au sommet de son art. Il est troublant de relever que cela correspond à son retour “au pays”. Woody Allen, qu’une certaine désaffection du public américain et ses infortunes – un peu comme le naufrage financier qui pousse Jasmine vers la Côte Ouest – avait contraint de tourner ses derniers films à Londres, à Paris, à Barcelone ou à Rome, au grès des financements disponibles et avec plus ou moins de bonheur, signe ici un grand film.

Pourquoi ? A la fois parce qu’il est sans indulgence sur le dévoiement d’une société qui tient en son sommet sur un tissu d’apparences et de fausses convenances (Hal dont le personnage s’inspire d’un Madoff rajeunit et sans état d’âme, n’était-il pas le bienfaiteur des musées et des organisations caritatives de New York ?) mais également parce qu’il renonce au happy end, à la morale d’une fable dont on sent qu’elle ne fait pas sourire Woody Allen.

Dans Match Point (2005), la prime allait au « méchant » et ambitieux Jonathan Rhys Meyers. La crise est passée par là. Jasmine fredonne désormais sans fin, sur l’air de « Blue Moon », « tu m’as vu alors que j’étais toute seule »… Sans être moraliste, Woody Allen tire toutes les conséquences d’une chute sans issue.

Charlie

 

 

BLUE JASMINE de Woody Allen

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