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Résumé

Le train démarre, Lulu reste sur le quai.
Après un entretien d’embauche éprouvant dans une ville côtière, elle a volontairement raté ce train qui l’aurait ramenée à Angers auprès de son mari, ses enfants, ses responsabilités. Lulu prend goût à cette échappée en solitaire et, au fil des rencontres, regagne de la confiance et reconstruit une personnalité trop longtemps endormie.

Critique

Il n’est jamais trop tard pour qu’une femme réinvente sa vie.
C’est ce que nous disaient récemment Marion Vernoux et Fanny Ardant dans Les beaux jours, Emmanuelle Bercot et Catherine Deneuve dans Elle s’en va ; voici la variation sur le même thème d’un troisième duo réalisatrice-actrice : Lulu femme nue de Solveig Anspach avec Karin Viard. Simple hasard ou bien saisie de l’air du temps… Malgré les nombreux atomes crochus entre ces trois films (la rencontre de l’amour ou un provincialisme revendiqué), on aurait tort de ramener Lulu femme nue à la simple comparaison avec ses prédécesseurs. Car Solveig Anspach nous livre un film singulier, tout en fragilité qui, tel que son personnage principal, se construit d’errances et de moments de grâce.

Le reconstruction de Lulu passe par la réappropriation de son corps et par les émotions que cela lui procure. Elle enduit ses mains de crème comme surprise de son geste, elle plonge nue dans l’océan et rit de cette fraicheur salvatrice, elle fait l’amour avec Charles et se réveille sonnée d’avoir renoncé à la sensualité depuis si longtemps. Charles, c’est Bouli Lanners, d’une tendresse bouleversante. L’amour qui nait entre Lulu et Charles est rendu avec sincérité et simplicité. Charles la nourrit, la fait danser, la regarde avec envie quand elle essaie une nouvelle robe. Après Charles, c’est Marthe (Claude Gensac y met toute sa gouaille et son humour) qui accueille la fugueuse. Marthe et Charles sont des personnages comme le cinéma nous en montre si peu, gros, vieux, perdus dans des villes inconnues. Ils rencontrent Lulu par sa maladresse : Lulu feint – sans succès – devant Charles de rentrer à un hôtel qu’elle ne peut plus payer, plus tard elle trébuche et tombe après avoir volé le sac à main de Marthe. Cette touchante maladresse du personnage principal fait échos aux maladresses du film. On y regrette la présence de symboles trop appuyés (Lulu enlève son alliance et la perd) ou des caractères trop marqués : un recruteur trop condescendant, un mari à l’autoritarisme imbécile et une tenancière de bar dont on ne comprend pas pourquoi elle s’acharne dans une méchanceté gratuite.

Mais ces écueils ne parviennent pas à nous défaire de ce film plein de bienveillance, hymne à la liberté et à l’écoute des autres. Jamais on oublie la sincérité des personnages et des sentiments. Jamais ces maladresses ne gâchent le bien-être dans lequel le film nous plonge.

Morgane

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