Tel père, tel fils.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Résumé :

Ryoata, un architecte obsédé par la réussite professionnelle, forme avec sa jeune épouse etKeita, leur fils de 6 ans, une famille idéale. Tous ses repères volent en éclats quand la maternité de l’hôpital où est né leur enfant leur apprend que deux nourrissons ont été échangés à la naissance : le garçon qu’il a élevé n’est pas le sien et leur fils biologique a grandi dans un milieu plus modeste… Bientôt, se pose la question d’un échange des enfants, pour être conforme aux liens du sang.

Critique :

Hirokazu Kore-Eda n’a pas usurpé le Prix du Jury attribué à « Tel Père, tel fils » lors du dernier Festival de Cannes. Il confirme être un des cinéastes japonais à la fois les plus prolifiques – « Ieji », son prochain long métrage est déjà annoncé – et les plus talentueux.

Il confirme une rare maîtrise du scénario et du cadre, sachant poser un regard mesuré et sincère sur ses personnages au prise à des familles fragiles ou éclatées, rappelant ici que La famille reste un archétype d’une dramaturgie efficace. Les quatre enfants de « Nobody Knows » (2004) – dont celui qui reçut à Cannes le Prix d’interprétation – relevaient la tête, alors que leur mère les avait abandonné. Dans « Still Walking » (2009), les membres d’une famille se retrouvaient pour célébrer la mémoire du frère disparu, en fredonnant « On ne sait jamais, l’être humain est si mystérieux »… Mystérieux et un peu magicien, comme ces deux jeunes frères séparés à l’occasion du divorce de leurs parents qui sont convaincus de pouvoir inverser la courbe du temps à l’occasion du voyage initiatique de « I wish » (2011).

Ici, c’est une autre forme d’abandon qui est mis en scène. Kore-Eda s’inspire d’une histoire vraie où des maternités se seraient rendues responsables de substitution d’enfants puis, ayant parfois constatées leur erreur des années plus tard, auraient proposé aux familles de procéder à des échanges, au mépris des liens qui avaient pu se tisser entre les êtres.

Et c’est le personnage du père qui s’impose comme portant à la fois le poids des ancêtres et celui du devoir. Ryoata ne s’est jamais réconcilié avec son propre papa dont il méprise la vie et subit les sarcasmes ; Un père qui rappelle le vieux médecin de « Still Walking », figé dans la vénération de son fils défunt, silencieux ou critique avec le frère de celui-ci. Il a soudain le sentiment que Keita, si différent de lui, n’a pas sa place dans cette lignée.

Le regard porté par l’enfant est à la fois bouleversant et fragile. C’est un regard proprement cinématographique. Keita, avec beaucoup d’attention et de soin, s’applique à « cadrer » ce père dont il perçoit le conflit intérieur. La place du père est importante, tout en distance, quand celle de la mère est source de réconfort et d’encouragement.

Mais la force de l’acquit prime sur celle de l’inné. Ce qui se tisse entre les êtres, à force de patience et d’amour, ne peut qu’emporter comme une vague les règles du sang.

Sachant distiller une incroyable émotion, Kore-Eda est une sorte de Comencini japonais qui confirme cette capacité à toucher le plus intime en nous.

Charlie
TEL PERE, TEL FILS de Kore-Eda Hirokazu

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