Les gazellesA
Résumé

Marie est sur le point de signer l’achat d’un appartement avec Eric qui partage sa vie depuis le lycée. Un doute la saisie. Signer – dans tous les sens du terme – pour trente ans ? Un saut dans le vide impossible. Elle quitte Eric et découvre un monde sans pitié : à son âge, le célibat est vite perçu comme une tare suspecte.

Critique

Mona  Achache signe son second long métrage. « Le Hérisson » était l’adaptation d’un roman à succès où une jeune adolescente exprimait – déjà – un ras-le-bol du quotidien et du statu quo.

Avec « Les Gazelles », Camille Chamoux incarne et raconte l’histoire de Marie ( un prénom prédestinée, celui de l’Annonciation ) qui répond à l’appel du large, de la liberté et des jours sans lendemain… programmé. La première partie du film est à cet égard très réussi. Elle touche le spectateur ( et peut être encore plus la spectatrice ) car elle illustre la fragilité des êtres et de la vie. Une vie de crise pour un personnage principale qui travaille à Pôle Emploi… Les parents ont tout donnée à la société, à leurs enfants qui portent à regret des bébés perturbants qui deviendront des enfants de divorcés. Marie a toujours sa chambre dans un désordre de fin de siècle qui engloutit Sam Karman, père sans illusion. Une « Tanguy » après l’heure… Ici, l’émotion est provoquée pour le meilleur et pour le rire, dans l’attente curieuse d’un retournement toujours possible.

On découvre en filigrane et avec beaucoup de dérision l’allégorie de cette génération Y qui sait qu’il ne faut – plus – rien attendre du monde et de ses promesses non tenues. L’appartement qu’achètent Marie et Eric, en s’endettant pour trente ans, en est l’ illustration. Ils engagent des travaux aliénants qui ne seront jamais finis. L’image de l’homme Y est problématique. Il fait l’amour dans les chambres d’enfant, lorsqu’il arrive à bander. Il picole au bar quand les femmes l’ont quitté. Il est inconstant lorsqu’il soigne son chagrin d’amour en choisissant des partenaires homonymes pour retrouver l’illusion d’un couple pour toujours.

Alors, l’engagement, une valeur dépassée ? C’est un mythe qui poursuive ici une troupe d’actrices étonnantes, dont se détachent à l’évidence Audrey Fleurot et Camille Chamoux dont la vie tient dans une petite valise rouge qui cahote dans les rues nocturnes d’un Paris du Grand Est ( entre rive droite et rive gauche ) au hasard des rencontres et des portes qui se ferment.

Le propos est généreux. Il nous fait oublier les quelques faiblesses du film, un peu longuet avec parfois un montage au couteau qui, par sa répétition, devient irritant, sans pourtant atténuer son grain de folie.

Arthur A.

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