_Alain Resnais

Résumé

Trois couples d’amis : Katheryn et Colin (Sabine Azema et Hippolyte Girardot), Tamara et Jack (Caroline Silhol et Michel Vuillermoz), Monica et Simeon (Sandrine Kiberlain et André Dussollier) apprennent que Georges, leur ami commun, souffre d’une maladie incurable. Il n’a plus que 6 mois à vivre. Cette triste nouvelle bouscule l’équilibre des couples et des amitiés, pour le pire mais surtout pour le meilleur.

Critique

Aimer, boire et chanter est l’adaptation au cinéma par Alain Resnais d’une pièce de théâtre, Life of Riley de Alan Ayckbourn.
Comme souvent au théâtre, les décors sont peu nombreux et ne cherchent aucun réalisme : des fleurs grossièrement peintes, des pelouses synthétiques, des rideaux en guise de porte d’entrée. Ils représentent des espaces à 180 degrés, sans vis-à-vis.
Comme souvent au théâtre, les acteurs tournent le dos au décor et nous font face, mais nous ne voyons jamais ce qu’ils voient. Comme dans une sitcom, mais sans les rires enregistrés.
Comme souvent au théâtre, l’intrigue ne progresse quasiment que par les dialogues. Kathryn nous apprend que Georges dort, Jack qu’il danse avec Tilly… On ne perçoit Georges qu’à la faveur des répliques des autres personnages. Grâce à ce procédé, au moins vieux comme Racine qui en use dans Phèdre notoirement, on apprend en même temps la progression de l’intrigue et l’impact de celle-ci sur les personnages.
Et pourtant, en dépit – ou sans doute grâce – à l’utilisation de ces codes théâtraux, Resnais fait ici une nouvelle et grandiose manifestation de son génie de cinéaste. Car la caméra alterne entre une présence sagement spectatrice et une vivacité soudaine. Dans un même plan, elle présente à distance l’échange des dialogues et soudainement elle y pénètre avec énergie, intrusion, avant de s’éloigner à nouveau. Jamais le théâtre ne fige le film ou plutôt, il le fige pour mieux que le cinéma nous surprenne par des mouvements rapides et un montage sec.
Alain Resnais propose un dialogue ludique entre ces deux formes artistiques. Il s’amuse à nous prendre au dépourvu car aux effets de mise en scène s’ajoute l’espièglerie d’un scénario tout en mise en abyme. Car voyez-vous, il s’agit d’un film adapté d’une pièce de théâtre dans laquelle les personnages jouent au théâtre. On avait déjà vu ça dans le précédent film de Resnais mais il nous avait alors prévenu : nous n’avions encore rien vu.

La dimension qu’il ajoute avec ABC, c’est celle de la légèreté. Le film traite d’un sujet grave, les rapports humains impactés par l’imminence de la mort, mais sa tonalité malicieuse est magistralement orchestrée grâce à des dessins de BD, au jeu des acteurs (en particulier Michel Vuillermoz qui y va franchement !), à l’absurdité comique d’une taupe dans le jardin et d’horloges déréglées. Le film se révèle d’une bonhomie à contre-courant total avec son formalisme.

Outre ses qualités, Aimer, boire et chanter restera dans les mémoires comme le dernier film d‘Alain Renais. Un film posthume grâce auquel Alain renaît.

Morgane

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