arrête ou je continue

Résumé

Pomme et Pierre forment un couple usé par les années. Leur relation est encore complice – et piquante! – mais ils ne communiquent plus que par une joute verbale permanente et toxique. Épuisée par ce combat sans répit, Pomme s’arrête au milieu d’une randonnée en forêt et refuse de poursuivre le chemin avec Pierre.

Critique

Tout commence souvent par une bande annonce. Celle de Arrête ou je continue n’est pas loin d’agacer. Voici donc le prochain « film français » – avec plein de « guillemets » tellement tout apparait caricatural, prisonnier d’un récit sur le couple revu cent fois, d’une mise en scène ultra statique. Il y a tout de même des ingrédients séduisants : Mathieu Amalric et Emmanuelle Devos (qu’on suivrait au bout du monde, donc pourquoi pas dans la forêt de Chamoiselle), la musique du chanteur Christophe, ou quelques dialogues intrigants.

Toutes ces promesses – toutes ! – s’exhaussent en mieux, en grand, en fou.

Ce récit, nous l’avons bien vu cent fois. Un couple se maltraite, se provoque, se cherche et se rate. Ils se connaissent par cœur et pourtant ne donnent jamais ce que l’autre attend, au moment où il l’attend. Arrête ou je continue pose finalement la question de – « mais c’est quoi la question ?» – de l’amour. Tous les récits suffiront-ils un jour à faire le tour de cette question ? Ici, les deux personnages se parlent tout le temps mais ne se répondent jamais. Ce décalage cause de fortes tensions (« me chauffe pas ! ») et des moments hilarants d’absurdité.

L’absurdité comique, très très comique, est installée grâce à une écriture audacieuse dans les situations posées (l’escapade en solitaire de Pomme dans la forêt, sa rencontre avec un groupe de musiciens…) et dans la précision des dialogues. Mais aussi grâce une mise en scène qui fait entièrement confiance aux comédiens. La réalisatrice Sophie Fillières observe le déroulement de leurs échanges par le biais de plans séquences (beaucoup dans la cuisine, trop petite pour favoriser la mobilité des acteurs et de la caméra) et quand elle les cadre serré, on est frappé par leur chair et leur regard. Ils sont tellement présents qu’on pourrait les toucher, cette proximité les rend extrêmement séduisants. C’est statique en effet, comme l’est un archer qui vise.

Arrête ou je continue est un immense cadeau, parce que c’est un moment passé à rire de bon cœur, à se reconnaître ou à s’imaginer, mais surtout parce qu’il nous rend le « cinéma français » en nous rappelant un sentiment que nous avons pour lui et qui peut s’éteindre si on n’y prend pas garde, l’amour !

 Morgane

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