Dans la cour

 

Résumé

Antoine n’est plus capable de rien. La vie le paralyse et l’angoisse. Une offre de gardiennage d’immeuble lui fait rêver à une nouvelle vie, loin de la vie.  Il se présente à Mathilde et son mari Serge, qui résident l’immeuble. Mathilde trouve Antoine rassurant et l’engage immédiatement. Gauche mais serviable, il va rapidement s’imposer dans la copropriété et notamment auprès de Mathilde qui se sent gagnée par une peur irrépressible.

Critique

Il l’avoue dans les premières minutes du film : pour nettoyer, dormir et ne plus penser, Antoine pourrait tuer. Cette parole exprime la profondeur de son mal-être mais c’est un mensonge : Antoine ne pourrait jamais tuer qui que ce soit, ça crève les yeux. Sous les traits – dans le corps – de Gustave Kervern, Antoine est une montagne de douceur et d’incapacité. Son regard flotte, sa voix ne porte jamais, ses paroles sont économisées. Il se laisse imposer toutes les situations et ça lui convient.

De son côté, Mathilde cherche une oreille qui l’écoute, une main à saisir. Son obsession pour une fissure dans le mur de son appartement inquiète tout le monde, y compris elle-même. Dans sa descente glissante vers la folie, Mathilde cherche un allié. Catherine Deneuve incarne avec vivacité et tendresse cette folie qui gagne tout contre tous les remparts, même les plus solides.

Bien sûr, ces deux personnages vont se rapprocher, mais il ne s’agit pas ici d’une variante sur l’amitié improbable entre deux écorchés car Dans la cour n’est pas un film où une histoire se construit et se déroule. On ne peut pas prévoir l’enchainement des séquences car elles ne sont pas au service d’un but scénaristique. Le réalisateur nous propose au contraire d’accepter les relations et les situations pour ce qu’elles sont et non pas pour qu’elles provoqueraient dans la progression du récit.

Pierre Salvadori dresse les portraits de Mathilde, d’Antoine et de tout plein de personnages qui habitent autour de cette cour d’immeuble. Il les croque par touche fine mais précise. Il pose sur chacun d’ eux un regard empathique, bienveillant. Car Dans la cour est un film gentil. Mais ce n’est pas un film naïf. Les personnages n’échappent pas à leurs démons, nous les regardons se débattre dans leur impuissance à se sauver eux-mêmes. Le propos est noir mais l’élégance de Salvadori c’est de le décorer d’un après-midi ensoleillé, de fleurs rempotées, d’amitié et  d’humour pour atténuer la mélancolie.

Par quel miracle ce film parvient-il toujours, à chaque réplique, à chaque plan, à chaque séquence, à trouver le ton juste,  l’harmonie entre le rire et le désespoir, la tristesse et la malice. Rien ne vient jamais rompre cet équilibre si particulier qui fait de Dans la cour un film drôle sans jamais être léger et triste sans jamais être éploré. Un film qu’on garde précieusement « dans le cœur ».

Morgane

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