la belle vie

 

Résumé

Yves et ses deux fils, Pierre 18 ans et Sylvain 16 ans, vivent isolés dans les montagnes pyrénéennes. En cavale depuis onze ans, ils se cachent des autorités qui pourraient envoyer les garçons auprès de leur mère et leur père au trou pour les avoir enlevés à elle. Bien que totalement acquis à la cause paternelle, les adolescents commencent à vouloir vivre leur propre vie.

Critique

Pour son premier long métrage, Jean Denizot s’est inspiré de l’affaire Fortin des années 90 et adopte le point de vue imaginé du plus jeune des frères, ici prénommé Sylvain, un adolescent docile et conciliant, plein d’affection pour son père et son frère, interprété avec beaucoup de charisme par Zacharie Chasseriaud.

Pourtant, le réalisateur ne traite ni les aspects juridiques du fait divers, ni la perte douloureuse subie par la mère, ni les potentielles conséquences d’une enfance dans le mensonge, l’isolement et la fuite. Jean Denizot s’intéresse aux rapports parents-enfants à l’adolescence et particulièrement à la charge de l’autre qui, progressivement, avec le temps, change de camps. La particularité de la situation rend la question plus prégnante : Yves a hypothéqué sa vie pour élever ses enfants, qu’adviendra-t-il de lui une fois la tâche accomplie ? La prison ou le vide. Ainsi, la vie des garçons devra se construire au détriment de celle du père. Sylvain perçoit ces enjeux sans s’y confronter véritablement.

Au début du film, les trois hommes sont installés dans des Pyrénées protecteurs,  au creux desquels se cache une cascade où l’on se baigne nu, innocemment, en communion avec la nature, comme les premiers hommes dans le jardin d’Eden. Mais il va falloir quitter ce havre de paix et repartir en cavale. Celle-ci les mènera au soleil estival des bords de Loire, un paysage plat et vaste. Ici le regard porte loin, débusquer la nudité est un jeu d’enfants. Les paysages, les espaces naturels jouent un rôle important dans le film, c’est la raison pour laquelle la mise en scène de Jean Denizot est comparée (toute proportion gardée)  à celle des metteurs en scène américains des grands espaces : John Ford, Terrence Malick, Jeff Nichols…

Sur les bords de Loire, Sylvain rencontre Gilda (Solène Rigot fraîche et craquante). La jeune fille porte elle-aussi la charge de son père dont elle surveille les consommations d’alcool. La maturité de Gilda impressionne le garçon et précipite son questionnement sur son avenir et sa liberté. Par petites touches, quelques répliques innocentes mais porteuses de double sens, on perçoit les changements de perception de Sylvain, il se libère du discours paternel pour affirmer une parole personnelle.

« La belle vie » est un film sur le besoin d’en finir avec l’insouciance et de se confronter à « la vraie vie ». Et c’est peut-être aussi un clin d’œil à la chanson du même titre de Sacha Distel. Un chanson qui invitait déjà au réveil, au sursaut, à l’amour. Cliquez ici

Morgane

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