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Si l’exposition que consacre le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris à l’iconoclaste peintre et sculpteur italien Lucio Fontana, chef de file du mouvement spatialiste, montre les liens qui se tissent imperceptiblement entre art et cinéma, la rétrospective Bernard Tschumi que le Centre Georges Pompidou présente actuellement invite à s’interroger sur ceux, plus méconnus, qui unissent architecture et cinéma. 

Au-delà de la richesse de l’exposition scénographiée à Beaubourg par l’architecte suisse lui-même,  essentiellement connu en France pour son travail sur le Parc de la Villette dans les années 80 et, plus récemment, pour son relookage du zoo de Vincennes, ce qui frappe d’emblée le cinéphile dans la grande galerie sud du Centre George Pompidou, ce sont les images projetées de la fameuse « bataille sur la glace » d’Alexandre Nevski d’Eisenstein (1938), en parallèle des études consacrées par Bernard Tschumi au musée de l’Acropole à Athènes (2006), une de ses réussites majeures.

L’architecte explique avoir visionné le film à l’époque pour la première fois et découvert « l’extraordinaire correspondance  entre la cavalcade de la frise du Parthénon et la séquence du film ». Et d’ajouter: « Eisenstein avait d’ailleurs écrit en 1938 un petit texte intitulé « Montage et architecture » dans lequel il suggère que le montage est une invention des grecs anciens ainsi que l’atteste la configuration séquentielle des frises ornant les différents temples de l’Acropole ». Pour les besoins d’Alexandre Nevski, le cinéaste avant-gardiste russe imagine en effet un mode de notation où sont inscrits parallèlement les cadrages, les mouvements de la caméra dans leur propre temporalité, la partition musicale et le mouvement des acteurs. Une révélation pour Tschumi qui y voit « une manière très organisée de parler d’architecture, non seulement de l’espace en plan ou en coupe, mais également à travers le mouvement des corps dans l’espace. C’est-à-dire en ajoutant une dimension qui rende compte de la réalité complexe de l’architecture. »

Une chose est certaine: les rapports entre architecture et cinéma ont toujours fasciné Bernard Tschumi, tout autant architecte que théoricien de l’architecture, qui aura très tôt cherché à s’affranchir des idées reçues, enseignées notamment sous l’influence du Corbusier. N’hésitant pas à regarder vers d’autres domaines, notamment l’art, la littérature et le cinéma, Tschumi n’a d’ailleurs pas attendu sa découverte du chef d’oeuvre d’Eisenstein pour étudier la notation et l’idée de story board comme substitut à la représentation architecturale classique: en attestent ces passionnants Screenplays et autres Manhattan Transcripts, également présentés à Beaubourg, qu’il élabore durant ses années new-yorkaises (1976-81). Le principe: la représentation d’événements dans l’espace à partir d’extraits de films: « Plutôt qu’avec les mètres carrés d’un programme fonctionnel, un projet ne pourrait-il pas commencer avec des séquences  de films ? » s’interroge-t-il. Et la rétrospective qui lui est consacrée jusqu’au 28 juillet de convoquer Psycho, Citizen Kane, Frankenstein, Naissance d’une Nation…à la plus grande joie, une nouvelle fois, de l’affamé de pellicule.

ERIC BONNET

 

Bernard TSCHUMI au Centre Pompidou jusqu’au 28 juillet  ici