palerme

 

Résumé

Palerme. Un dimanche d’été. La famille Calafiore au grand complet rentre de la plage vers les petites maisons d’un quartier pauvre, conduit par Samira, la Grande Mère. Rosa et sa petite amie Clara, en route pour un mariage, se sont perdues dans les rues de la ville et se disputent violemment. Via Castellana Bandiera, une ruelle étroite et improbable, les deux Fiat se retrouvent face à face. Ni Rosa ni Samira n’ont l’intention de faire marche arrière. Un duel s’engage sous le soleil brûlant de Sicile.

Critique

Emma Dante, metteur en scène de théâtre née à Palerme, signe un premier film doux amer, sur l’obstination, l’absence de communication et l’enfermement. Une comédie à l’italienne qui flirte avec le drame.

La caméra, plantée dans une ruelle poussiéreuse et improbable, est loin des reconstitutions sur les évènements contemporains de l’histoire italienne (scandale Parmalt contrôlée par la famille Rastelli, chute de Berlusconi annoncée par Nanni Moretti dans « Il Caimano » (2006), commémoration des attentats des années de plomb avec « Piazza Fontana » (2012) de Marco Tullio Giordana). Il s’agit au contraire ici d’être au plus prêt d’une détresse palpable, celle d’un couple qui ne communique plus, celle d’une vieille femme qui n’arrive pas à faire le deuil de sa fille aînée, disparue brutalement. Le savant mélange d’un cinéma italien qui sait parler au cœur et qui nous plonge ici dans un monde pirandellien.

Sont convoqués dans un premier temps les personnages les plus foutraques d’un quartier perdu qui rappelle Dino Risi et les « Affreux, Sales et Méchants » d’Ettore Scola. On crie, on se conspue, on se provoque, avec force de gestes et de mimiques. Le gendre de Samira est à cet égard une incarnation qu’aurait pu jouer Nino Manfredi. Et puis peu à peu, quand la nuit tombe et que les voisins partent se coucher, alors que les deux femmes se font toujours faces, dans un silence pesant, sans avoir bu ni mangé, on retrouve dans leur regard, la violence et la détermination des westerns de Sergio Corbucci. L’issue est connue. Et le monde court vers l’abîme.

Alors bien sûr, la théâtralité du traitement par Emma Dante peut parfois dérouter. Pourtant, elle est une nouvelle venue qu’il faut suivre, tant depuis Cristina Comencini, l’arrivée de nouvelles cinéastes se faisait attendre. Elle a su réunir à ses côtés deux comédiennes très éloignées et pleine de talent. D’un côté, Samira, dont les voisines bien intentionnées, rappellent à Rose qu’il faut s’en méfier car « il paraît qu’elle a des sabots fendus à la place des pieds », est interprétée par Elena Cotta, grande actrice de théâtre, récompensée pour le rôle lors de la dernière Mostra de Venise. De  l’autre, la compagne de Rose est Alba Rohrwacher, interprète de la fille de Tilda Swinton dans « Amore » (2012) et bientôt de nouveau sur les écrans – en janvier 2015 – dans le film « Le Meraviglie » (2014) réalisé par sa sœur Alice, Grand Prix à Cannes en mai dernier.

Charlie
Palerme de Emma Dante

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