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(A propos de l’exposition Résonances à Beaubourg)

 Le cinéaste-musicien, sur tous les fronts en cette rentrée, propose aux visiteurs du Centre Georges Pompidou, en parallèle d’une rétrospective intégrale de ses films, un dispositif captivant mêlant images et sons.

Il est l’une des voix les plus singulières du cinéma d’auteur hexagonal, façonnant depuis 15 ans, entre classicisme et radicalité, une œuvre qui, au départ confidentielle, gagne un public toujours plus large, aidé il est vrai par la sélection quasi systématique de ses films à Cannes. Musicien avant d’être cinéaste – de formation classique, il a notamment accompagné sur scène au piano Françoise Hardy et sort ces jours-ci un nouvel album 1 – Bertrand Bonello est surtout, parmi les nouveaux chefs de file du cinéma français, celui dont les films marquent les esprits autant par leur bande-son que leur photographie, leur montage ou leur direction d’acteurs. Le très attendu Saint Laurent, sur les écrans cette semaine, le confirme : à l’instar d’un Godard, Bertrand Bonello, par le seul son de ses films, s’impose en véritable compositeur.

A Beaubourg, jusqu’au 26 octobre, d’un côté, une rétrospective de sa filmographie, et de l’autre, une commande à laquelle il a répondu par une proposition de remixes de ceux-ci: « Je ne suis pas habitué à essayer d’investir d’autres lieux que celui de la salle de cinéma, se justifie-t-il dans le dossier de presse. Lorsque la proposition d’occuper tout un espace du Centre Pompidou autour du lien musique et cinéma est arrivée, il me semblait naturel d’essayer de l’habiter comme un cinéaste et comme un musicien, plus que comme un plasticien ». D’où l’idée de « monter » ses films de manière différente, en repensant les liens entre eux, « en les dénudant de leur bande son pour en fabriquer une nouvelle, tout en les faisant se répondre ».

Faire vivre les films autrement 

Dans une première salle, l’installation « Remix » se compose de sept écrans, sur lesquels sont diffusés sept de ses films. Bertrand Bonello choisit de les montrer en simultané, afin que toutes les images se répondent : « Des bandes-son originales, je ne garde que quelques dialogues, quelques bruits, quelques musiques qui se mélangent et fabriquent une huitième bande-son, qui devient alors celle de tous les films ». La voix du Pornographe Jean-Pierre Léaud, reconnaissable entre mille, vient se coller sur les images de prostituées en split screen de L’Apollonide. ou celles, troublantes, de Tiresia tandis que s’entrechoquent le somptueux deuxième mouvement de la 7ème Symphonie de Beethoven et la force tellurique du son de Nick Cave et ses Bad Seeds.

Ailleurs, une autre pièce accueille les Compositions et stratégies obliques  : My New Picture, un « album de cinéaste » mis en image, véritable « film pour les oreilles » ; plus loin, les « Films fantôme » du cinéaste, dispositif autour de deux projets américains menés par Bonello au début des années 2000 et restés inaboutis: Madeleine d’entre les morts, qu’il présente comme son Vertigoraconté « non pas du côté de Scottie (James Stewart) mais du côté de Renée/Madeleine (Kim Novak) » ; La Mort de Laura Markovitch, l’histoire d’un homme qui tombe fou amoureux d’une femme et décide, pour lui prouver à quel point elle est parfaite, de devenir son sosie grâce à la chirurgie esthétique. Deux projets qu’il fait renaître à partir de quelques scènes, d’essais, de photos, de voix-off et surtout de sons.

Plus loin, un court-métrage fruit d’une commande passée par le Centre Pompidou pour l‘occasion : Où en êtes-vous Bertrand Bonello ? ; et, enfin, la projection d’un poème cinématographique, Brumes d’automne, réalisé par l’obscur Dimitri Kirsanoff en 1928, accompagné de quatre B.O. différentes, dont une composée par le cinéaste lui-même, autour de cette proposition : « Que verrions-nous de différent si la musique était différente » ?

A l’arrivée, une seule envie : aller voir ou revoir la douzaine de films réalisés à ce jour par Bertrand Bonello, projetés à Beaubourg pendant un mois, le plus souvent en présence du réalisateur ; assister à sa Master class le 11 octobre ; et surtout, ne manquer sous aucun prétexte une des « Bandes-sons », séances d’écoutes de films dans le noir pour lesquelles Bertrand Bonello a convoqué Hitchcock, Rohmer, Scorsese, Coppola, Lynch, Demy, Bresson et Godard. Un vrai rêve de cinéphile.

ERIC BONNET

1Accidents, Nuun Records, parution le 30 septembre

Un livre aussi de B. Bonello, « Films fantômes », aux éditions Les Prairies ordinaires. 320 pages, 19 €, en vente à la librairie Flammarion du Centre Pompidou 

Jusqu’au 26 octobre

Centre Georges Pompidou, Forum, niveau -1

Entrée libre