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Résumé

Entre 1978 et 1979, le « Tueur de l’Oise » prend pour cible, au hasard des routes, des jeunes femmes qu’il abat. Il est partout et nulle part, échappant aux pièges des gendarmes et aux barrages de la police. Cela lui est d’autant plus facile qu’il est en réalité Alain Lamard, sous-officier de la gendarmerie en charge d’enquêter sur ses propres crimes, en réussissant à échapper à ses poursuivants. Mais jusqu’à quand ?

Critique

Ancien journaliste des Cahiers, Cédric Anger signe là son troisième long métrage : Un polar efficace et envoûtant qui s’inspire d’un fait divers qui avait défrayé la chronique mettant en avant un gendarme assassin déclaré irresponsable de ses meurtres en série par la justice. Le réalisateur du « Tueur » (2007) et de « L’Avocat » (2011) a su construire un scénario sans faille dont la mécanique capte l’attention du spectateur. Metteur en scène précis, il instaure un huis clos oppressant.

La reconstitution est minutieuse, la représentation de la folie et de l’obsession est posée par d’incessantes invasions de vers de terre. L’image du chef opérateur suisse Thomas Hardmeier – César de la meilleure photographie pour « L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet » de Jean-Pierre Jeunet en début d’année – est saisissante. Elle instaure une proximité inédite avec les personnages. Sous la pluie et dans les forêts de Picardie, le spectateur saisi, suit l’errance du tueur et s’enfonce avec lui dans une histoire sombre et sans issue où apparaissent (et disparaissent) les victimes potentielles. Ainsi, on se retrouve coincé dans l’antre improbable d’un vieillard solitaire, éclairé par quelques bougies, que Lamard agresse avec une violence inouïe, s’estimant abusé. Glaçant. Tout cela s’enchaîne sur la musique de Grégoire Hetzel – compositeur de « La Chambre Bleu » de Mathieu Amalric ou de « Dans la Cour » de Pierre Salvadori –dont les titres illustrent si bien le trouble de son personnage principal : « On est rien » ; « Je n’aime pas l’impudence » ; « Ne me regarde pas ».

La force de Cédric Anger est également d’avoir choisi, pour incarner le gendarme tueur, Guillaume Canet qu’il avait croisé sur le tournage de « L’Homme qu’on aimait trop » d’André Téchiné dont il était coscénariste. Canet jouait Maurice Agnelet, l’avocat homicide qui avait réussi à échapper à la justice pendant 30 ans.

Ici, avec Alain Lamard dont il a compris les failles et la terrible lucidité sur le monde qui l’entoure et les êtres qu’il côtoie, Guillaume Canet interprète un de ses plus beaux rôles, une fois encore du côté obscur de la Force, celui d’un « tueur très original » (trouvant refuge la nuit dans une nature qu’il comprend et qu’il respecte, emmenant ces collègues les soirs de pleine lune observer les biches et les cerfs se rendant au point d’eau). Il prend de la maturité et acquiert une profondeur qui rappelle ce qui avait habité Romain Duris lorsqu’il était Tom dans « De battre mon cœur s’est arrêté » (2005).

L’interprétation de Guillaume Canet instaure avec le spectateur, témoin de la souffrance récurrente qui submerge le tueur après chaque meurtre et des punitions qu’il s’inflige, une empathie étrange, dérangeante mais réelle.

Cette forme d’autodestruction qui conduit le « héros » à construire patiemment le piège qui se refermera sur lui, rappelle « Seven » (1995) de David Fincher. L’accélération – dans tous les sens du terme – est perceptible. Dès lors que le soupçon se porte sur Guillaume Canet, celui-ci commet des actes qui le font sortir du cadre précis qu’il s’était imposé pour assouvir ses pulsions. Hors champ, il a activé un catalyseur, accélérateur d’une violence destructrice qui le conduit à sa perte. Un mouvement suicidaire sans appel, semblable à celui qui emporte John Doe incarné par Kevin Spacey.

Pour Fincher, « un film est comme un ballet ». Avec son dernier opus, Cédric Anger mène incontestablement la danse…

Arthur A.

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