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Commencer l’année avec Sophia Loren ? Avec le cinéma italien en tous les cas …

Avec plus de 600 films l’année dernière, la Chine est devenue le second pays producteur derrière l’Inde et les Etats-Unis. L’Italie de Cinecitta et de Federico Fellini a vu les investissements dans le cinéma chutés et ne produit plus qu’environ 160 films par an, avec des budgets en baisse. Berlu l’a tué, et pourtant le Cinéma italien sait surprendre, même à l’économie.

Depuis « La Grande Belleza » qui avait raflé l’Oscar du Meilleur Film étranger début 2014, des films comme « Nos Enfants » de Ivano de Matteo et « Les Opportunistes » de Paolo Virzi, toujours visibles sur les écrans parisiens – avec une mention spéciale pour le cinéma L’Arlequin – utilisent avec habilité les codes les plus aboutis d’un cinéma d’auteur efficace, poursuivant une priorité essentielle, qui est comme un socle commun à chacune de ces oeuvres : raconter une histoire qui s’inscrit dans son époque, celle de l’argent et d’une jeunesse qui fait naufrage car la société italienne – et son premier cercle, la famille – ne lui donne plus de repère fiable.

Paolo Virzi dresse le portrait de familles milanaises pour qui la spéculation est le seul horizon quand Ivano de Matteo brosse le portrait inquiétant d’une fraterie romaine que tout oppose et que l’inconséquence coupable des enfants va révéler à elle-même.

« Les Opportunistes » empruntant à une construction rigoureuse qui rappelle la structure du « Hussard Bleu » de Roger Nimier, permet sous trois angles métaphoriques distincts – un même récit au travers du regard successif de trois personnages importants – non seulement de disséquer les contradictions des héros malgré eux d’une triste histoire d’accident non assumé mais également les à priori du spectateur pris par surprise à chaque version du même récit.

Par un montage habile et une direction d’acteurs impeccable, Paolo Virzi souligne le caractère irréconciable d’une société de castes qu’incarne avec une grâce et une fragilité implacable l’impressionnante Valeria Bruni Tedeschi. Une structure sociale qui faisait dire au Prince de Salina, incarné par Burt Lancaster dans « Le Guépard » de Visconti qu’il fallait que tout change pour que rien ne change.

C’est aussi grâce à un regard juste sur ses interprètes qu’Ivano de Matteo atteint une maîtrise de son récit qui scrute les failles d’un monde où il ne fait pas bon se fier aux apparences. Dès la séquence d’ouverture, on saisit avec effroi que les détenteurs de l’Ordre sont ceux qui donnent la mort au premier venu, cédant à la panique. Paolo, l’avocat brillant et sans scrupule et son frère Massimo, le médecin rigoureux et intègre incarnent les stéréotypes de Comedia del Arte pour mieux les détourner et emporter l’adhésion effaré du spectateur.

Par un jeu d’acteurs étonnant, de Matteo montre à quel point la virtualité du monde et l’usure des sociétés bourgeoises peuvent être porteuses de ruptures irrémédiables que l’on anticipe jamais.

Avec Virzi, il incarne une nouvelle vague de réalisateurs au regard sans complaisance. Ils offrent ce regard comme un écho à celui implacable que Dino Risi portait, il y a déjà si longtemps, sur une société corrompue dont les restes s’envolaient un soir de match dans « Au nom du Peuple italien ».

Belle année 2015 chers lecteurs !