the valley of love

Résumé

Isabelle et Gérard se rendent à un étrange rendez-vous dans la Vallée de la mort, en Californie. Ils ne se sont pas revus depuis des années et répondent à l’invitation de leur fils Michael, photographe qui s’est suicidé 6 mois auparavant à San Francisco. Malgré l’absurdité de la situation, ils décident de suivre pas à pas le programme initiatique imaginé par Michael qui leur a dit : « je serai là »…

Critique

La chaleur est écrasante. Dans un long plan séquence qui intrigue, le spectateur suit une femme rousse qu’il devine, qu’il ne voit que de dos, dans le dédale d’un grand motel que l’on imagine niché au milieu de nulle part. Nulle part, c’est la Vallée de la Mort, dans l’Est Californien.
Avec un temps qui s’étire, on comprend bientôt qu’Isabelle (Huppert) attend. A la fois l’homme qu’elle a quitté mais aussi le fils qu’elle a perdu. Voici bientôt devant elle, le premier. Gérard (Depardieu), le père de Matthew. Elle ne l’a pas vu depuis trente ans au moins. Sans doute depuis « Loulou » (1980) de Pialat. Ils s’observent, se provoquent, se testent. Ils se sont tant aimés. Cette mise en abîme intrigue d’abord puis vous aspire, ensuite.
Depardieu est lumineux. Sa voix transcende ce physique imposant qui pourrait prendre tout l’écran. Il est, lui aussi, le père qui guette. Celui à qui le fils perdu a écrit une longue lettre lui intimant pendant cinq jours de suivre un parcours imposé, au cœur de la Vallée, aux côtés de cette femme qui l’a quitté. Alors il marche, il souffle, il râle dans des paysages lunaires. Il doute aussi, de tout. Il est d’ailleurs difficile de ne pas percevoir l’ombre de Guillaume lorsque, dans la chambre d’Isabelle, Gérard lit, tout doucement, la lettre que Matthew a aussi adressée à sa mère.
« Valley of Love » est un film de désert. Comme « Zabriskie Point » (1970) d’Antonioni ou comme « Le désert des Tartares » (1976) de Zurlini, il contraint à l’attente, il pousse au questionnement. Tout est mirage et illusion. Et comme le sable qui s’écoule, il est impossible de retenir le temps.
Guillaume Nicloux a su le prendre, dans ce film étrange. Il porte sur son récit et sur ses personnages un regard cinéphilique absolu. Lorsque Gérard entre dans le canyon qui sera celui de la révélation, on reconnaît celui où s’engouffrait John Wayne, serrant contre lui un tout petit garçon – « le Fils du Désert » (1948) de Ford – qu’il fallait sauver à tout prix, alors que la nuit était tombée et que le vent soufflait si fort. Un canyon étroit où soudain apparaissaient les esprits de ses compagnons « rois mages ».
Sauver son enfant. Ce à quoi Isabelle et Gérard ne sont pas parvenus. Cela explique leur présence, contre tout attente, sur l’injonction d’un fils mort qu’une mère et un père absent avaient laissé s’éloigner. La culpabilité, comme l’espérance, est un moteur absolu.

Charlie