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Résumé

Mizuki est veuve depuis trois ans. Elle vit seule à Tokyo en donnant des cours de piano aux enfants. Un soir, son mari Yusuke qu’elle pensait perdu en mer, se retrouve dans son salon. Souriant, il lui annonce que, bien que mort et mangé par les crabes, il a parcouru le Japon et est venue lui proposer de le suivre dans un nouveau périple à travers les villages et les rizières qu’il a sillonné depuis sa disparition. Mais pourquoi donc être revenu ?

Critique

Kioshi Kurusowa était absent des écrans de cinéma depuis l’échec injustifié de « Tokyo Sonata » (2008) qui avait pourtant reçu le Prix du Jury d’un Certain Regard. Il est revenu dans la même sélection avec « L’autre Rive » (2015) qui a remporté le Prix de la Mise en Scène.

Ce film étrange est l’adaptation d’un roman de Kazumi Yumoto où se mêlent nostalgie et fantastique, un ingrédient privilégié de Kurosawa ici  qui imprégnait « Kairo » ou « Jelly Fish ». Ici, il est question de fantômes qui n’ont pas renoncé à leur part charnelle et à leur interaction avec le monde des vivants. Mais ce sont des esprits loin des ectoplasmes menaçants des précédents récits du réalisateur de « Charisma ». Yusuke, interprété par Tadanobu Asanov que l’on avait vu dans « Jelly Fish » mais aussi dans « Le Café Lumière » (2004) de Hou Hsiao Hsien , est une sorte d’alter ego du personnage chanté par Moustaki qui fredonnait « Humblement, il est venu, on ne l’a pas reconnu ». A chaque fois, Yusuke a su marquer ceux qu’il a croisés. Et il aimerait que Mizuki en garde la mémoire.

Une fois encore, avec beaucoup de sensibilité, le cinéma japonais aborde les thématiques de la famille ici , de la mort   et du deuil. On retiendra quelques scènes : le morceau de piano joué avec mesure par l’esprit d’une enfant de huit ans partie trop tôt, qui rappelle le finale de « Tokyo Sonata » dans le plus grand dénuement ; le regard de Mizuki lorsqu’elle interroge ce petit garçon qui s’attend à voir surgir son père des roches d’une cascade perdue dans une forêt de bambous ; ou encore ce vieux paysan parlant à Mizuki du départ de son fils pour la ville, après une violente dispute sur le sort de la ferme familiale, un fils qu’il n’a jamais revu.

Mais Kurosawa veut aller plus loin. Son histoire d’amour est belle car elle transcende le temps qui passe. Elle s’inscrit dans une tradition du voyage cinématographique qui est la métaphore de la relation intime et mystérieuse des couples, avec ses ralentissements et ses accélérations, Bergman retrouvant Sanders dans une procession à Naples, finale du « Voyage en Italie » de Rosselini.

Ce mélange de regards, à la fois regard romantique et social mais aussi regard fantastique, est imprégné d’une vision animiste que l’on retrouvait chez Naomi Kawaze. Ici aussi, le vent se lève et la rétine de la caméra capte les énergies fluctuantes d’un monde shintoïste où la vie s’incarne dans une multitude de forces contradictoires. C’est ce qu’exprime parfaitement le titre original du film : « Voyage vers le rivage ». Celui qui nous ramène d’où nous venons.

C’est une thématique que Kioshi Kurosama veut poursuivre avec talent dans son prochain film tourné récemment en France avec Tahar Rahim et Olivier Gourmet ici  : « La Femme de la plaque argentique ».

Charlie