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Résumé

Trois sœurs, Sachi, Yoshino et Chika, vivent ensemble à Kamakura, sur les bords du Pacifique. Par devoir, elles se rendent dans les montagnes à l’enterrement de leur père qui les avait abandonnées une quinzaine d’années auparavant. Elles font alors la connaissance de leur demi-sœur, la jeune Suzu, âgée de 14 ans. Elles décident d’un commun accord d’accueillir l’orpheline dans la grande maison familiale…

Critique

Hirokazu Kore-Eda reprend un thème qui lui est cher, cette famille japonaise qu’il a déjà observé dans ses dimensions multiples, ses fractures et ses fragilités, notamment dans « Nobody Knows » où une mère quittait ses enfants à Tokyo les laissant livrés à eux-mêmes ou « I wish », film haïku dans lequel deux frères faisaient le pari de la réconciliation de leurs parents, au croisement de deux shinkansens.

Il adapte ici un manga célèbre « Umimachi Diary » (« Le journal de la ville au bord de l’eau ») dont les six tomes sont parus entre 2007 et 2014. Le film est emprunt d’une certaine langueur mais également d’un rythme de vie qui rappelle le cinéma « conteur de temps » de Ozu. C’est bel et bien un journal dont l’on voit s’égrener, au grès des saisons, les épisodes doux-amers : L’installation de Suzu dans la maison centenaire, ses débuts à l’école, les histoires d’amour sans lendemain de Sachi ou de Yoshino, le bref retour de la mère, partie refaire sa vie, à l’occasion d’une commémoration funéraire, la mort de la patronne du petit restaurant du village.

On a vite le sentiment que c’est sous le regard du père disparu que défilent ces images. Ce père absent, à la fois charmant et faible, qui a permis malgré lui aux Trois Sœurs de surmonter leurs manques et leurs fragilités respectives. La vie est pour Kore-Eda un entre-deux et la mort, un principe d’équilibre, dont il avait scruté le processus de réparation dans « Still Walking ». Ici, Sachi, l’aînée raisonnable qui rappelle des personnages droits et dans le devoir d’Ozu, fait le deuil de la mère qu’elle n’aura jamais. Seuls perdurent la maison qui conserve les traces des générations qui l’ont occupé et le prunier dont est tiré chaque année un alcool fort qui réchauffe les âmes et délit les langues trop pudiques. L’arbre rappelle celui de Naomi Kawaze car il est comme une vigie au milieu du temps qui passe.

Il n’y guère de climax et l’on s’attache à chaque détail. La mise en scène de plusieurs repas permet d’évoquer les morts et ceux qui vont partir : Le plat d’alevins du Père, le curry de la Mère, si facile à préparer, les fritures variées de la gentille restauratrice. Il y a aussi ces trains qui traversent la campagne, omnibus verts ou rouges qui rappellent ceux qui, encore chez Ozu, passent inexorablement dans des plans de coupe en série comme pour nous dire qu’ils seront encore là lorsque nous ne serons plus. C’est la vie qui passe.

Pourtant, Kore-Eda est un vrai optimiste, emprunt de ce regard shintoïste qui a intégré le principe d’impermanence. S’il emprunte à Tchekhov l’image des Trois Sœurs, il en inverse la mécanique. Le temps passe incontestablement mais il ne détruit pas leurs rêves. Elles ont intégré les manques de la famille mais elles ont renforcé les liens qui leur font accepter l’ennui salutaire et l’amour toujours possible.

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