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Souffle de haine qui a tout emporté, choc, sidération, repli sur soi. Si près de Charlie et de l’Hyper Casher. Je n’ai pas réussi à écrire une ligne depuis le 13 novembre dernier.

« Je suis Batman et je vais tuer les méchants » me dit ma fille hier soir. Profonde tristesse. Comment ne pas tomber dans ce désir de vengeance ?

Le cinéma est décidément un miroir de notre société. Je sors de la projection de « Cow-Boys », le premier film de Thomas Bidegain, le formidable scénariste des moines de Thibérine, déjà. J’avais envie de comprendre ce qui est arrivé pas loin du canal Saint Martin, aux terrasses des cafés de mon ancien quartier. Et « Cowboys » nous montre l’incompréhension des êtres les plus proches des apprentis terroristes. Comment un père peut-il appréhender l’endoctrinement forcené d’un enfant qu’on a porté, qu’on a chéri, qu’on a élevé ?

Depuis trois ans, des films ont abordé avec réalisme ce mouvement. En 2012, trois coups de poing, trois points de vue. « L’Attentat« nous raconte la radicalisation silencieuse d’une femme arabe israélienne maronite qui se fait exploser dans un restaurant de Tel Aviv. « Les Chevaux de Dieu » réalisé par le marocain Nabil Ayouch décrit avec précision la façon dont deux frères acceptent de devenir les « martyrs » des attentats de Casablanca. Et c’est sans doute « La désintégration » de Philippe Faucon qui reste le plus troublant et le plus actuel. Comment Ali, Nasser et Hamza, trois jeunes français âgés d’une vingtaine d’années, sont endoctrinées par Djamel qui exploite leurs déceptions, leurs failles et leurs révoltes pour les inciter à faire sauter une usine.

Début décembre, « Taj Mahal » de Nicolas Saada et sans doute en janvier prochain « Made in France », déprogrammée pour avoir « anticipé » les attentats de Paris, reprendront du point de vue de la victime ou de celui de l’assassin ce tourbillon qui nous emporte.

C’est important que nous puissions plonger notre regard dans ce cinéma qui se nourrit de l’actualité aussi difficile soit elle, ne serait-ce que pour nous permettre de retrouver la parole, pour nous permettre de comprendre, de réagir et de s’engager, ensemble.