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Résumé

Dans un quartier paisible de Tokyo, Sentaro tient une petite boutique de dorayakis, ces pâtisseries traditionnelles gorgés de pâte de haricots rouges confits. Il y accueille les élèves du lycée voisin, dont la jeune Wakama. Une vielle femme de 70 ans aux mains étranges, Tokue, va tenter de convaincre Sentaro de l’embaucher. Elle a le secret d’une pâte exquise qui pourrait bien faire le succès de l’échoppe de Sentaro.

Critique

Présenté en ouverture de la dernière sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes, « Les Délices de Tokyo » de Naomi Kawaze est une gourmandise, comme ces petits pancakes fourrés au An (« Les haricots rouges », titre original du film) que les habitants du quartier viennent chercher en nombre.

On y découvre, à proximité de cerisiers en fleur, Sentaro, un homme solitaire et triste qui tient vaille que vaille sa petite pâtisserie. Il accueille avec beaucoup d’hésitation Tokue, une femme mystérieuse qui a l’impression de croiser enfin ce fils qu’elle n’a pas pu porter car elle a contracté la lèpre dans sa jeunesse. Le Japon intransigeant ne lui a pas permis de garder son bébé. Le personnage incarné par Kirin Kiki, une actrice que l’on croise dans les trois derniers films de Kore Eda Hirozaku, a été enfermée pendant des années dans un sanatorium des environs de Tokyo, où l’on a regroupé tous les lépreux de la région, coupés de leur famille et de leurs amis.

C’est dans ce sanatorium que Naomi Kawaze a écrit son scénario. Fidèle à son intuition d’un retour permanent à notre histoire et à nos origines, elle s’est longtemps promenée dans la forêt adjacente où les bambous ondulent dans le vent. Elle y a peut être croisée les esprits des lépreux sans sépulture, réincarnés dans les arbres alentours.

Elle réussit à aborder plusieurs thèmes qui lui sont chers. La nature, la famille, la mort. Et l’importance de la transmission. Ici, Tokue a le secret du An qu’elle veut partager avec Sentaro, comme la mère de Kyoko transmettait à sa fille les rites animistes de l’île d’Amami avant de mourir.

C’est une vision contrastée du Japon qui s’offre à nous. Une vision à la fois violente dans les rapports humains – la propriétaire du café de Sentaro s’ingéniant à l’humilier et à le contraindre ; les voisins dénonçant le canari de Wakana – et apaisée lorsque le vent se lève ou que Sentaro répète inlassablement les gestes du An.

Dans un hommage discret à Ozu, au fil des trains qui passent dans la nuit, le temps s’écoule avec mesure. Il faut sans aucun doute plus que jamais prendre le temps. Comme l’a dit Naomi Kawaze, « la solitude nous apprend la tendresse » et quoi qu’il arrive, « le soleil se lève et la lune se montre pleine ».

Charlie

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