Tirage-Wombat-N_16

Je pars. Je quitte le navire. Je disparaîs un temps. Le bonheur.

Une femme qui renaît ? Une sorte de mue. Isabelle Huppert dans « Villa Amalia » de Benoit Jacquot. Brutalement, le personnage liquide tout, son appartement, ses meubles, son compte bancaire et le piano avec lequel elle gagne sa vie. Elle fait le vide et disparaît. Un rêve qui nous hante parfois au sommet de nos périodes boulimiques.

Le temps passe et s’écoule comme le muguet qui perd déjà ses premières clochettes. Il a séché et je n’ai rien remarqué. Drôle de nature.

Il y a eu beaucoup cette année. Pour tout le monde. Les images ont défilées longtemps dans nos têtes en prenant leurs aises. Qui pourrait croire qu’en novembre dernier soufflait une tempête sur Paris ? Qui s’imaginerait que quelques mois plus tard des centaines de personnes se retrouveraient toutes les nuits, « debout » ! Place de la République. Pas moi en tout les cas. Comprenez : tout va trop vite. J’aime cette ville, son pouls, ses mélanges. Mais tout va trop vite. J’ai engloutis le bruit, le stress, la peur. Des fragments de discours politique qui ont fait naître un feu en moi. Ca bouillonne. Il y a de l’espoir. Beaucoup d’espoir. Mais c’est encore trop tôt. Pour dire. Ecrire encore. La vie me murmure de m’éloigner. De prendre un peu de recul. Me voilà dans une ruelle… qui débouche sur la mer. C’est beau. Le soleil brille. J’ai envie de légèreté, d’insouciance.

Je n’ai pas pu publier depuis mars, dû à un problème de serveur. Certains de mes projets ont été repoussés, d’autres n’en sont qu’aux balbutiements. Alors voilà. Je pars. En voyage. Ne rien faire. Ne rien écrire, ne rien apprendre, ne rien analyser. Laisser le paysage couler en soi et ressentir. Ne m’en voulez pas. Je m’envole pour le Japon. Quelques temps. Etre vide, c’est être plein de rien. Cette notion d’espace, ou d’espace-temps qui relie les choses et leur donne leur sens est enraciné dans la culture japonaise.  Je vous laisse revoir le merveilleux film « Notre petite soeur » de Hirokazu Koreeda dans lequel les trois protagonistes traversent les saisons en veillant sur un prunier. Du gel aux prunes… Une vie.

Sayônara