- Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire ?

J’ai su très tôt que j’aimais passionnément 3 choses : parler, lire, écrire. Les mots, disons, d’une manière ou d’une autre. Dès que j’ai su bredouiller un truc, je ne me suis plus arrêtée de parler, et aujourd’hui encore, rares sont les gens qui supportent mon débit ! Lire, c’est pareil, c’est vite devenu vital. J’ai de lointains souvenirs de mes parents, en vacances, totalement affolés, faisant des dérapages contrôlés devant une « Maison de la Presse » pour calmer la furie qui vivait un drame car elle n’avait « plus rien » -plus rien à lire s’entend-. Sur toutes les photos de voyages aussi, je lis. Avec en fond, les Pyramides, un dauphin, la Muraille de Chine et j’en passe… Écrire, c’est venu vers 9/10 ans : un journal intime, puis des petites nouvelles, et des mini scénarii déjà… J’aime la fiction par dessus tout. Les histoires… En entendre, en raconter, en vivre, en créer. Tout mais pas le réel. Quand je n’ai vraiment pas le moral, je reste enfermée à gober de la fiction pendant des jours: romans, films, séries, tout y passe, jusqu’à ce que je retrouve le courage de vivre ici et maintenant. Lorsqu’on me demande ce que je fais dans la vie, je dis « Scénariste », mais en réalité, simplement, j’écris. « Auteur », ça fait tout de suite hyper prétentieux, mais pourtant, j’ai travaillé à la télé, à la radio, dans la presse, sur le web… Et j’ai l’impression que c’est pareil, de n’avoir fait qu’écrire, toujours avec le même enthousiasme : articles, romans, résumés de matchs de foot (!), téléfilms, séries. Je ne fais pas de podium. La question était « Qu’est-ce qui m’a poussé… », je dirais au final que c’était une évidence flemmarde. Je ne sais faire que ça et je n’aime (presque) rien d’autre.

- Quelles sont, à tes yeux, les qualités pour être un bon scénariste ?

Ce que je pense ou la réalité ?? Selon moi, il faut avoir une imagination débordante, une originalité hallucinante, une culture multiple et solide, une émotion à fleur de peau, une passion des mots, un sens inné du rythme, un univers remarquable et inédit. Mais en vrai, pour réussir dans ce métier, il faut surtout être calme, malléable et complètement dépourvu d’ego. Il faut savoir répondre à toutes sortes de demandes très différentes, souvent contradictoires, parfois stupides, généralement impossibles. Et essayer d’en faire un challenge. Contourner les règles pour arriver à exister un peu quand même. Au début, la moindre réflexion me hérissait, aujourd’hui, je pense m’être assouplie, j’ai compris aussi qu’il y avait des règles et des codes, dans ce métier comme dans tous les autres. C’est aussi pour ça que je veux continuer si je peux à écrire des romans. Là, au moins, tu peux dire que tu fais exactement ce que tu veux. C’est grisant, flippant, usant, mais incomparable comme sensation.

- As tu des références cinématographique ou autres, au moment de ton écriture ?

Inconscientes, oui, forcément. Mais les références, ça ne m’a jamais réussi. Mon dernier roman, je le voulais « grande envolée narrative façon roman américain fleuve », genre John Irving, Tom Wolfe ou Jim Harrison (je me la pète à mort quand j’écris, je m’en fous, je suis seule…). Résultat, mon éditeur m’a comparée à Bret Easton Ellis, ce qui est sans doute le plus immense compliment qu’on ne me fera jamais, mais l’écrivain dont le style me déplaît et m’agace plus que tout au monde. Alors, oui, ça m’a atrocement vexée… Par contre, en télé, quand on bosse sur une série, la mécanique des modèles américains est LA référence. Les scénaristes US ne sont pas plus doués que nous comme on entend souvent, juste beaucoup plus nombreux et largement mieux payés sur un projet de même type. Là pour le coup, je regarde des tonnes de séries pour y puiser le maximum de « trucs ». Ensuite, il est vrai que dans ce métier, on cite des références sans arrêt, pour se rassurer, pour étaler son savoir, pour se tester… ça devient idiot à force, puisque personne n’est dupe. Mais c’est toujours hyper drôle de voir TF1 rêver d’un téléfilm pour un prime time en citant « Very bad Trip » comme exemple ultime dont il faut s’inspirer. Moi même je préfère dire que je vais faire du « Nothing Hill » ou du « When Harry meets Sally » quand je prépare une comédie romantique, ça ne peut pas nuire, même si ça ne veut rien dire !

- Quand écris-tu ?

De 10h à 14h. Avant je dors, après j’ai faim. Et je n’écris jamais la nuit. Quitte à casser le mythe de l’auteur insomniaque et prolixe. J’ai besoin de beaucoup trop de sommeil, et d’une manière générale, dès que le soleil se couche, j’estime que ma journée de boulot est terminée. Du coup, en hiver, je ne fous pas grand-chose…

- Où écris-tu ?

À mon bureau, sur mon ordinateur géant, avec un écran de 27 pouces car je suis myope comme une taupe…

- Es-tu capable d’écrire ailleurs ?

Absolument incapable. Je suis très « scolaire », j’aime l’idée d’une pièce bureau, avec une table, une chaise, des crayons, un ordi… Un endroit où on bosse. La très talentueuse scénariste Diane Clavier, que j’ai la chance d’avoir pour amie et co-auteur sur plein de projets, arrive à écrire absolument partout. Dans son lit, dans un café, dans le train, et même, tout en regardant la télé !! Ça me fascine.

- As-tu des rituels d’écriture ?

Quand j’ai commencé mon dernier roman, « Comme à Hollywood », après avoir publié un essai et deux romans pour ados, je me sentais très impressionnée, j’avais l’impression d’entrer dans une sphère sacrée. J’ai donc tenté de me donner un genre « Hemingway est de retour » avec quelques trucs : j’allumais une bougie, j’écoutais une chanson 678 fois en boucle, je me faisais un thé… Des trucs d’écrivains, quoi. Ça n’avait aucun effet sur mon inspiration, c’était ridicule, et j’ai vite arrêté. Donc, non, je n’ai pas de rituels d’écriture et j’en suis la première désolée. Je ne peux pas m’empêcher d’adorer entendre les auteurs parler de leurs petites manies, je trouve que ça donne une classe folle, et puis, ça fait fantasmer les gens… Comme quand les mannequins te conseillent un shampooing ou une adresse de pédicure.

- Quels sont tes sujets de prédilection ?

Je n’ai pas l’impression d’avoir de sujets favoris, j’aimerais dire que je peux tout écrire dès que j’en ai envie… Après je suis une grande passionnée de l’adolescence. Et une fan de la littérature, des séries ou des films dits pour « ados ». Comme Twilight, Hunger Games, Friday Night Lights, Dawson, Buffy, Skins ou Angela, 15 ans. On imagine ça comme cul-cul ou gentillet, mais en réalité, ce sont les fictions les plus trash et les plus osées possibles. Hyper délicates à écrire, car il faut « métaphorer » sans cesse pour ne pas choquer les adultes alias les parents ! Alors qu’on y parle globalement que de dépression, de pulsions suicidaires, de mort et de sexe. Rien n’est dans la nuance à 17 piges, c’est all in ! Et ça donne des personnages en construction, évolution et contradiction permanente, avec des outrances et des pulsions violentes et brutales. C’est une « matière » à fiction qui m’intéresse énormément. Ensuite, j’aime aussi beaucoup les comédies romantiques, dans ce qu’elles ont de très « codifié », comme j’affectionne tout ce qui est « straight », en bonne maniaque que je suis… Alors étrangement, ce n’est donc pas pour la romance que j’adore ce genre particulier, mais pour le schéma intouchable, le cahier des charges…  Car une VRAIE comédie romantique, c’est deux personnes qui se rencontrent à la première minute d’un film et dont on est absolument persuadé qu’elles vont finir ensemble, et pourtant, on est prêt à patienter 2h en imaginant que peut-être le scénariste est assez doué pour nous en faire douter un peu… Kieffage absolu de ce genre de challenge. Enfin, je suis toujours très cliente des « films de bande ». Films de potes on dit aussi. Quand c’est réussi, comme Sautet savait le faire si bien, c’est magique. Et quand j’entends en réunion « Ouais, c’est genre Vincent, Paul et machin truc les autres, quoi, une maison de campagne et des potes qui bouffent du poulet », ça me fait bondir. Ça fait 15 ans qu’on voit des maisons de campagne dans tous les films et des potes qui bouffent du poulet ou des huîtres avec une sale musique en fond genre clip de Calogero mais pourtant, ça n’a rien de magique. On n’a pas envie d’être ami avec ces gens-là, et c’est tout le défi du film de potes !

- Quel est le ou la scénariste que tu aimerais rencontrer ?

Mon côté « fan de » me pousserait à en citer mille… Woody Allen parce que c’est mon Dieu, Alan Ball (American Beauty, Six Feet Under, True Blood…), Charlie Kaufman (Dans la Peau de John Malkovitch…), Elia Kazan (on a le droit de citer des morts ?), Diablo Cody (Juno), Hal Hartley (Trust Me, Simple Men…). Sinon j’admire énormément Arnaud Desplechin, que j’ai interviewé et qui m’avait à l’époque semblé conforme à son image : assez odieux, brillantissime, bavard à outrance, détestable et profondément séduisant. Et puis autour de moi, j’ai la chance d’être amie avec plein de scénaristes-réalisateurs talentueux dont j’adore la plume : Diastème, Christophe Honoré, Rémi Bezançon, Gilles Verdiani, Cédric Anger… Quand je vois leur travail, en fait, ça me donne envie de continuer. Je me dis, OK, ça existe, ça existe encore, allons-y.

- Quel est/sont ton/tes prochain(s) projet(s) ?

Je travaille avec Diane Clavier sur une série pour TF1, un gros projet qui va prendre beaucoup de temps et d’énergie, mais dont nous sommes très fières… J’ai un projet de long métrage avec mon ami réalisateur Christophe Douchand, une comédie romantique qui cherche un gentil producteur… J’en écris une autre en parallèle, toujours pour le cinéma. Et puis j’ai une idée de pièce de théâtre pour un jeune couple d’acteurs d’environ 15 ans, et très envie de créer un blog communautaire où ma bande pourrait s’exprimer librement, il faudrait aussi que je commence un roman au printemps, et que j’ai le courage de me faire couper les cheveux courts…

Propos recueillis par Géraldine Lemaître Renault