-  Qu’ est-ce qui t’a poussé à écrire ?

J’écris de la fiction depuis que je sais tracer des lettres ou à peu près. J’ai écrit une pièce de théâtre à 8 ans (une tragi-comédie au pays des chapeaux), un roman à 10 (une histoire de martiens). Mon premier scénario de long-métrage, j’avais 20 ans. Pourquoi écrit-on ? Pourquoi s’investit-on dans le langage, et plus précisément dans la fiction ? Pourquoi ce besoin de s’exprimer ? Je n’en sais rien. J’étais un enfant timide, je lisais beaucoup, ma vie de famille était très agitée et psychologiquement violente : je suppose que j’ai cherché à m’évader dans l’ imaginaire. Aujourd’hui encore, je suis plus heureux dans la fiction, plus dense et plus belle, que dans la réalité, que je trouve molle et  décevante.

Ensuite, la question qui reste c’est : pourquoi en faire un métier ? En ce qui me concerne, je n’ai pas de diplôme, ni de formation ni de talent à faire valoir dans un autre métier. Je vis de ma plume depuis l’âge de 20 ans, et si je n’ai pas (encore) fait fortune je n’ai jamais été au chômage. Enfin, pourquoi scénariste ? De 15 ans à 30 ans je n’avais qu’une idée en tête : réaliser des films. A part un court-métrage, je n’y ai pas réussi, alors j’ai changé d’objectif avant de gâcher complètement ma vie. L’écriture de scénario m’a paru le moyen le plus rationnel d’utiliser mes compétences (je connais bien la fiction audio-visuelle, j’ai été critique de film, j’ai une forme d’esprit qui convient pour des dialogues un peu brillants, et je sais utiliser le langage pour décrire, faire parler, évoquer, etc.) au plus près de mon goût (pour le cinéma en général et la comédie en particulier), et de mes intérêts financiers (c’est généralement bien payé). Bref, je me sens un peu fait pour ça. J’ai conscience que je suis peut-être le seul à le penser – mais en fait non : des producteurs et des réalisateurs m’ont confirmé dans cette idée.

- Quelles sont, à tes yeux, les qualités pour être un bon scénariste ?

Pour être un bon scénariste  ? je ne sais pas très bien, ce serait plus facile de décrire un bon scénario. Pour être un scénariste qui travaille et qui reste à peu près en bonne santé, je pense qu’il faut être à l’aise dans plusieurs genres et plusieurs registres d’écriture, avoir une inspiration vaste et aérée, être capable de comprendre ou sentir ce qu’il se passe dans la tête des gens qui nous emploient (producteurs et/ou réalisateurs), trouver des idées qui leur plaisent et leur laisser croire qu’elles viennent d’eux, avoir le moins possible d’ambition artistique et de personnalité. Bref, être le contraire d’un auteur, bien que le mot d’ « auteur » soit de plus en plus utilisé pour décrire ce métier.

- As – tu des références cinématographique ou autres, au moment de ton écriture ?

Quand j’écris des films pour moi, des films que j’aimerais réaliser, oui, j’ai des modèles, jamais un seul, c’est toujours un mélange improbable « un Visconti tardif mais réalisé par Orson Welles avec la lumière de Ripstein ». Quand j’écris pour les autres, je me garde soigneusement d’avoir des références personnelles : j’adopte les leurs, s’ils en ont. C’est d’ailleurs une des gaietés de notre métier : écouter des réalisateurs rêver à haute voix. Récemment, un réalisateur à succès (un des deux ou trois plus gros « scoreurs » de la profession) m’a appelé, sur les conseils d’un ami commun, pour me demander d’écrire pour lui une comédie sur un thème qui lui tenait à coeur. Au premier coup de fil, il me dit qu’il voudrait faire un film entre « Husbands » (de Cassavetes) et « After Hours » (de Scorsese). Quant on connaît sa filmographie personnelle, cette aspiration était inattendue, d’abord risible, mais à mes yeux, intéressante. Au premier déjeuner, apprenant que je suis d’origine italienne, comme lui, et que mon fils aîné s’appelle Marcello, il me livre le fond de sa pensée: en fait, pour écrire ce film il faut penser à la« Dolce Vita » (de Fellini) et au « Fanfaron » (de Dino Risi). Je suis touché, il me cite sans le savoir des films parmi ceux que je chéris le plus. Puis, il me donne une ultime piste : un DVD de son tout premier court-métrage, daté des années 80, oeuvrette sympathique mais peu convaincante, à cent mille lieues des prestigieuses références précédentes. Avec tous ces films en tête – « Husbands », « After Hours », « La Dolce Vita » et le « Fanfaron » –  je rédige alors un synopsis, avec lequel il doit débloquer le financement de l’écriture auprès de son (très gros) producteur. Il a trouvé mon synopsis « plein de charme », après quoi il ne m’a plus jamais donné signe de vie.

- Quand écris-tu ?

Entre 10h à 17h, en gros.

- Où écris- tu ?

Sur mon ordinateur posé sur une grande table d’architecte, dans mon bureau qui jouxte ma chambre dans ma maison près de Fontainebleau.

- Es- tu capable d’écrire ailleurs ?

En fait je prends des notes tout le temps (dans le train, au café, en surveillant les enfants, et même en regardant des films), sur des carnets à couverture de cuir achetés en Italie (j’en ai une demi-douzaine en cours) ou sur l’application « Notes » de mon smartphone.

- As- tu des rituels d’écriture ?

Non je ne suis pas un homme de rituel. J’ai un rythme de croisière de 5000 signes par jour (pour les livres et les pièces) et de 2 scènes dialoguées par jour (pour les scénarios). Je mange du chocolat (noir de préférence, Lindt Subtil quand il y en a) pour relancer la machine. Je fais un tour sur Facebook quand je coince.

- Quels sont tes sujets de prédilection ?

Je suis naturellement porté sur la comédie, comédie à l’italienne (Risi, Scola), à l’américaine (George Cukor, Billy Wilder, Woody Allen), ou à la française (Yves Robert, Jacques Demy, François Truffaut). Je n’ai pas vraiment de sujet de prédilection, mais j’ai une tendance à aborder les histoires sous l’angle sexuel plutôt que sentimental, à construire des personnages ambigus et singuliers plutôt que monocolores et archétypaux, à fuir le déjà-trop-vu.

- Quel est le ou la scénariste que tu aimerais rencontrer ?

Parmi les vivants j’admire Jean-Loup Dabadie mais je l’ai déjà rencontré – je l’ai interviewé en 1997, il m’a gardé toute une après-midi chez lui, un homme absolument irrésistible et délicieux. Dans un tout autre genre, poétique, j’admirais aussi le travail de Tonino Guerra, collaborateur de Fellini et Antonioni, qui est décédé cette année. J’aime la finesse et la précision d’Axelle Ropert, la vivacité et le sens du rythme de Noémie Lvovsky, l’imagination et l’humour de Camille Pouzol, mais j’ai la chance de les connaître amicalement. Grand respect aussi pour Aaron Sorkin, avec qui j’ai échangé quelques mots sur Facebook, mais le statut des scénaristes est si différent d’un bord à l’autre de l’Atlantique qu’en réalité nous ne faisons pas le même métier.

- Quel est/sont ton/tes prochain(s) projet(s) ?

Je travaille en ce moment sur une série pour la maison GMT, je rencontre des producteurs pour développer un long-métrage que j’aimerais réaliser (une comédie romantique sur une Américaine à Paris), et je vais commencer un roman dès que j’aurai terminé cette interview (c’est vrai !) Son titre : « La Nièce de Fellini ».

Propos recueillis par Géraldine Lemaître Renault